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Identifier et hiérarchiser ses valeurs personnelles : l'exercice fondateur

On ne connaît vraiment ses valeurs qu'en les mettant en tension les unes contre les autres. L'exercice de hiérarchisation révèle ce qu'aucune liste…

Demandez à n’importe quel dirigeant de lister ses valeurs : vous obtiendrez généralement une dizaine de mots nobles — intégrité, excellence, bienveillance, ambition, famille, liberté. Ces listes ne mentent pas, mais elles ne servent à rien. Parce que dans la vraie vie, les valeurs entrent en conflit les unes avec les autres, et c’est leur hiérarchie — pas leur présence — qui oriente les décisions. Savoir qu’on valorise à la fois la liberté et la sécurité ne dit rien de ce qu’on choisira le jour où elles s’opposent. L’exercice de hiérarchisation est l’un des plus inconfortables et l’un des plus utiles du développement personnel.


La méthode — 5 étapes pour hiérarchiser ses valeurs avec rigueur

Étape 1 — Générer une liste large sans filtrer

Le premier piège est de se limiter trop tôt. Commencez par lister vingt à trente valeurs qui vous parlent, sans hiérarchiser, sans juger. Utilisez une liste externe si besoin (les dictionnaires de valeurs proposent des centaines de termes). L’objectif n’est pas d’être cohérent à ce stade — c’est de balayer largement le spectre de ce qui compte pour vous. Cette liste peut contenir des valeurs contradictoires, des valeurs anciennes qui ne vous parlent plus, des valeurs que vous aimeriez avoir plus que celles que vous avez vraiment. Toutes sont utiles à ce stade.

Action concrète : Prenez vingt minutes, sans distraction, pour écrire toutes les valeurs qui vous traversent l’esprit. Ne limitez pas. Si vous en avez quinze, cherchez-en cinq de plus. Si vous en avez quarante, tant mieux.


Étape 2 — Réduire à dix valeurs, puis à cinq

Une fois la liste large obtenue, commencez le travail de réduction. Première étape : passer de trente à dix. Éliminez les valeurs qui vous séduisent intellectuellement mais ne vous parlent pas émotionnellement. Éliminez celles que vous reconnaissez comme sociale­ment attendues mais pas intimement vôtres. Deuxième étape : passer de dix à cinq. Ce passage est douloureux. Il oblige à renoncer à des valeurs réelles au profit de valeurs plus centrales. Mais c’est précisément cette douleur qui fait émerger la véritable hiérarchie.

Action concrète : Forcez-vous à éliminer. Si la réduction est facile, c’est que votre liste initiale était insincère. Si elle est difficile, c’est que vous êtes sur le bon exercice.


Étape 3 — Ordonner les cinq valeurs restantes par arbitrage

Les cinq valeurs restantes doivent être ordonnées. Et cet ordre se révèle en posant des questions de type “si je devais choisir entre A et B, je choisirais…” pour tous les couples possibles. Ces arbitrages ne sont pas théoriques — ils doivent se référer à des situations concrètes de votre vie. Si vos deux valeurs sont “liberté” et “loyauté”, le test est : dans une situation où rester loyal vous priverait de liberté, que choisiriez-vous ? Votre réponse honnête, pas votre réponse idéalisée, révèle la hiérarchie réelle.

Action concrète : Pour chaque paire parmi vos cinq valeurs, inventez une situation réaliste où les deux s’opposent. Choisissez. Notez votre choix. Au terme des dix arbitrages, l’ordre émerge.


Étape 4 — Confronter la hiérarchie à votre vie actuelle

Une hiérarchie de valeurs n’a d’utilité qu’en miroir à la réalité vécue. Confrontez votre hiérarchie théorique à vos comportements réels sur les douze derniers mois. Si votre valeur numéro un est “famille” mais que vous avez passé 70 heures par semaine au bureau pendant l’année écoulée, l’écart dit quelque chose. Soit votre valeur numéro un n’est pas vraiment la famille (mais l’ambition, la reconnaissance, ou autre chose). Soit vous êtes en décalage profond avec vos propres valeurs — ce qui est une information utile à avoir. Les deux cas méritent d’être regardés sans jugement.

Action concrète : Pour chacune de vos cinq valeurs hiérarchisées, listez trois faits concrets des douze derniers mois qui témoignent de leur respect — ou de leur violation. Observez les écarts sans vous défendre.


Étape 5 — Utiliser la hiérarchie comme guide décisionnel explicite

La vraie valeur d’une hiérarchie de valeurs apparaît au moment des arbitrages importants. Un nouveau poste, un déménagement, un investissement, une amitié à protéger ou à lâcher — toutes ces décisions mobilisent plusieurs de vos valeurs, qui peuvent être en tension. La hiérarchie dit laquelle doit gagner. Cette explicitation ne rend pas les décisions faciles — elles restent difficiles. Mais elle les rend lisibles. Vous savez pourquoi vous choisissez ce que vous choisissez. Cette lucidité vaut plus cher que le confort émotionnel.

Action concrète : Pour la prochaine décision importante que vous aurez à prendre, écrivez explicitement : quelles valeurs sont mobilisées ? Lesquelles sont en tension ? Laquelle doit gagner selon ma hiérarchie ? Cette discipline transforme la prise de décision.


Points de vigilance

Une hiérarchie de valeurs n’est pas une hiérarchie morale. Il n’y a pas de hiérarchie objectivement meilleure. La vôtre est la vôtre — elle doit vous être juste, pas être impressionnante.

La hiérarchie peut évoluer avec les étapes de vie. À vingt ans, vingt-cinq, quarante, soixante, les priorités changent. Refaire l’exercice tous les cinq ans environ est une bonne pratique.

Ne confondez pas vos valeurs avec celles de vos parents, de votre milieu ou de votre époque. Le travail de hiérarchisation sincère consiste à distinguer vos valeurs propres des valeurs que vous avez absorbées sans les questionner.


Ce que j’en retiens

Ce que j’ai observé chez les professionnels qui font cet exercice avec honnêteté, c’est qu’ils en ressortent souvent surpris — et parfois déstabilisés. La hiérarchie réelle n’est pas toujours celle qu’on revendique en public. Cette découverte est précieuse. Elle permet soit de corriger ses déclarations (se réaligner avec ses valeurs profondes), soit de corriger sa vie (se rapprocher de ce qu’on dit vouloir). Dans les deux cas, la cohérence augmente. Et la cohérence est la matière première du sens au travail et dans la vie.



1. Pourquoi une liste de valeurs non hiérarchisée ne sert à rien ?

Bonne réponse : b). Savoir qu'on valorise à la fois la liberté et la sécurité ne dit rien de ce qu'on choisira quand elles s'opposent. C'est la hiérarchie, pas la présence, qui guide les décisions dans les situations complexes.

2. Pourquoi commencer avec une liste large (20-30 valeurs) avant de réduire ?

Bonne réponse : b). Se limiter trop tôt fait passer à côté de valeurs importantes. La liste large permet d'explorer sans filtre, puis de resserrer méthodiquement vers ce qui compte vraiment.

3. Comment révéler l'ordre réel entre cinq valeurs finales ?

Bonne réponse : c). L'ordre n'émerge pas d'une déclaration mais d'un test par paires. Pour chaque couple, une situation concrète où les deux valeurs s'opposent révèle le choix réel. Dix arbitrages font émerger la hiérarchie.

4. À quoi sert la confrontation entre hiérarchie théorique et vie réelle ?

Bonne réponse : b). L'écart entre valeurs et comportements est une information précieuse. Soit la valeur déclarée n'est pas la vraie, soit la vie est en dissonance avec les valeurs réelles. Les deux cas ouvrent des chantiers utiles.

5. Quelle est l'utilité opérationnelle d'une hiérarchie de valeurs claire ?

Bonne réponse : b). Face à une décision importante (poste, déménagement, rupture, investissement), plusieurs valeurs sont mobilisées et parfois en tension. La hiérarchie explicite quelle doit gagner. Les décisions restent difficiles mais deviennent lisibles.
Tags : valeurshiérarchisationalignementdécisionidentité
Damien Margarit

Formateur & consultant en stratégie commerciale, management et leadership. 15 ans en fonctions commerciales, 1 700+ personnes accompagnées. Direction Commerciale Externalisée pour TPE 150–500 K€.

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