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Pourquoi vos formations ne changent rien (et ce qui marche à la place)

Trente ans de données sur 829 entreprises : la formation imposée ne change pas les comportements. Ce qui marche vraiment, et comment l'appliquer en TPE.

Vous avez payé une formation. Tout le monde a trouvé ça intéressant. Trois semaines plus tard, rien n’a bougé. Ce n’est pas une fatalité et ce n’est pas la faute de votre équipe : c’est un phénomène documenté, mesuré, et beaucoup plus contre-intuitif qu’il n’y paraît. La meilleure série de données disponible sur le sujet montre même qu’une formation imposée peut produire l’effet inverse de celui recherché. Voici ce que disent ces travaux, ce qu’ils ne disent pas, et les trois choses à changer avant votre prochain budget de formation.


Ce que trente ans de données disent de la formation en entreprise

829 entreprises, trois décennies, un résultat gênant

Les sociologues Frank Dobbin et Alexandra Kalev ont publié en juillet 2016 dans la Harvard Business Review une analyse fondée sur trois décennies de données concernant 829 entreprises américaines. Leur objet précis était les programmes de diversité, mais leur conclusion porte sur un mécanisme beaucoup plus large : ce que produit une formation quand elle est rendue obligatoire.

Le résultat est net. Les formations obligatoires ne produisent aucun progrès mesurable sur les indicateurs qu’elles visaient. Pire, elles s’accompagnent d’un recul de la représentation de certains groupes dans l’encadrement — de l’ordre de 9 % pour les femmes noires, de 4 à 5 % pour les salariés américains d’origine asiatique — et d’une hostilité accrue envers l’objectif poursuivi.

Précisons tout de suite le périmètre, parce que c’est important : ces chiffres portent sur des programmes de diversité, dans des entreprises américaines, souvent grandes. On ne peut pas les transposer tels quels à votre formation vente de mars dernier. Ce qui est transposable, c’est le mécanisme.

Action concrète : Reprenez la liste de vos formations des deux dernières années. Cochez celles qui étaient présentées comme obligatoires. Vous venez d’isoler celles dont vous n’avez probablement rien vu revenir.


Pourquoi l’obligation produit souvent l’effet inverse

Le mécanisme s’appelle la réactance : quand on nous dit que nous devons changer, nous entendons que nous avions tort. Et la première réaction n’est pas de changer, c’est de défendre ce qu’on faisait.

Une formation obligatoire envoie trois messages simultanés, dont deux ne sont pas prévus. Le message voulu : voici une compétence utile. Le message reçu : votre façon de faire actuelle est jugée déficiente. Et le message implicite : vous n’avez pas eu votre mot à dire.

Dans une TPE, ce troisième message est particulièrement coûteux, parce que vos collaborateurs sont précisément là pour l’autonomie. Le jour où vous imposez une journée de formation à un commercial qui tient son chiffre, vous ne lui transmettez pas une méthode : vous lui signalez qu’on ne lui fait pas confiance.

Action concrète : Avant votre prochaine formation, posez la question suivante à chaque participant : « À quoi ça te servirait ? » Si personne ne trouve de réponse concrète en trente secondes, reportez.


La formation volontaire, elle, fonctionne

C’est l’autre moitié du résultat, et curieusement la moins citée. Dans la même étude, les formations proposées sur la base du volontariat sont associées à des progrès de l’ordre de 9 à 13 % sur les indicateurs suivis.

L’explication tenue par les auteurs est simple : celui qui s’inscrit de lui-même a déjà fait le trajet le plus difficile, celui de reconnaître qu’il a quelque chose à apprendre. La formation n’a plus à convaincre, elle n’a plus qu’à outiller.

Cela ne veut pas dire qu’il faut tout laisser au hasard des envies. Cela veut dire que le travail du dirigeant se déplace : il ne consiste plus à inscrire des gens, il consiste à créer l’envie de s’inscrire. C’est-à-dire à rendre visible l’écart entre ce que la personne obtient et ce qu’elle pourrait obtenir. C’est exactement le rôle d’un entretien de management bien mené.

Action concrète : Ouvrez votre prochaine formation sur inscription, avec deux places de moins que le nombre de personnes concernées. Observez qui se manifeste. C’est votre première information de management de l’année.


Changer la procédure plutôt que les convictions

L’économiste Iris Bohnet, dans What Works: Gender Equality by Design (2016), tire de ce constat une conséquence radicale : si convaincre les gens ne marche pas, il faut modifier l’architecture des décisions.

Un exemple parlant. Vous pouvez former vos managers à l’objectivité pendant deux jours, ou vous pouvez leur demander d’écrire leurs critères d’évaluation avant de lire les dossiers. Le second dispositif coûte dix minutes, ne demande l’adhésion de personne, et produit un effet mesurable dès la première utilisation.

Transposé au commercial, cela donne : plutôt que de former à la rigueur du suivi, imposez une revue de pipeline hebdomadaire de vingt minutes avec un format fixe. Plutôt que de former à l’écoute client, faites remplir trois champs obligatoires dans le compte rendu de rendez-vous. La procédure fait le travail que la conviction ne fait pas.

Action concrète : Identifiez le comportement que vous espériez de votre dernière formation. Écrivez la procédure de trois lignes qui l’obtiendrait sans formation. Testez-la un mois.


Ce qui transforme une formation en changement : ce qui vient après

Une formation ne change rien par elle-même. Ce qui change quelque chose, c’est le dispositif qui l’entoure. Trois éléments font la différence, et aucun des trois ne coûte d’argent.

Le premier est l’engagement écrit du participant, pris à chaud, en fin de session : une action, une date, un critère de réussite. Le deuxième est le rendez-vous de suivi à trois semaines, calé dans l’agenda avant la formation, pas après. Le troisième est le fait que le dirigeant lui-même applique ce qui a été enseigné, visiblement, dans le mois qui suit.

Ce dernier point est le plus déterminant et le plus souvent négligé. Une équipe n’adopte pas une méthode parce qu’on la lui a expliquée. Elle l’adopte quand elle constate que le patron l’utilise pour de vrai, y compris les jours où c’est moins pratique.

Action concrète : Pour votre prochaine formation, bloquez dès aujourd’hui le rendez-vous de suivi à trois semaines dans tous les agendas. Une formation sans date de suivi est un coût, pas un investissement.


Les trois questions à poser à un prestataire

Puisqu’on parle d’argent : voici comment trier les propositions que vous recevez, en trois questions qui font apparaître très vite qui a réfléchi et qui vend un catalogue.

Première question : qu’est-ce que mes équipes feront différemment le lundi suivant ? Si la réponse parle de prise de conscience, de sensibilisation ou de posture, sans verbe d’action, passez au suivant. Deuxième question : qu’est-ce qui est prévu après la session ? Une offre sérieuse comporte un suivi, même léger. Troisième question : comment saurons-nous que ça a marché ? L’indicateur doit être choisi avant, pas après, et il doit être un indicateur d’activité, pas un questionnaire de satisfaction.

Le taux de satisfaction en fin de session mesure la qualité de l’animation. Il ne mesure jamais le changement. Les deux ne sont pas corrélés.

Action concrète : Envoyez ces trois questions par écrit à votre prochain prestataire, avant de recevoir le devis. Les réponses valent une réunion de cadrage.


Points de vigilance

Ce n’est pas un plaidoyer contre la formation. L’étude ne dit pas que la formation ne sert à rien : elle dit que l’obligation détruit son effet et que le dispositif d’après compte davantage que la session elle-même. Une formation choisie, suivie et incarnée reste l’un des meilleurs investissements d’une TPE.

Certaines formations sont obligatoires, et c’est très bien ainsi. Sécurité, habilitations, conformité : l’objectif n’y est pas de changer un comportement volontaire mais de garantir un socle. Le raisonnement de cet article ne s’y applique pas.

Attention au raisonnement inverse. « Puisque la formation ne marche pas, je ne forme plus » est une conclusion confortable et fausse. Ce que montrent ces travaux, c’est que le budget doit se déplacer de la session vers le dispositif : moins de jours de formation, plus de suivi. Pas moins de formation.


Et si vous n’avez pas le temps de faire tout ça

Dans la plupart des TPE que j’accompagne, le problème n’est pas le choix du formateur. C’est qu’on attend d’une formation qu’elle règle un sujet qui relève de l’organisation : un poste mal défini, un processus commercial inexistant, un manager qui n’a jamais reçu de cadre. Aucune journée de formation ne compense cela, et c’est pour ça qu’on a l’impression que « ça ne change rien ».

C’est le premier point que nous regardons en diagnostic stratégique de 30 minutes : ce que vous attendez réellement du changement, et si la formation est le bon levier. Quand ce n’est pas le cas, la direction commerciale externalisée installe directement les procédures dont on parle ici. Et quand c’est le cas, la formation management ou la formation vente arrivent au bon moment — c’est-à-dire quand elles ont une chance de tenir.


1. Que montre l'analyse de Dobbin et Kalev sur 829 entreprises concernant les formations obligatoires ?

Bonne réponse : b). C'est le résultat central de l'étude publiée en 2016 dans la Harvard Business Review. À noter : le périmètre exact est celui des programmes de diversité en entreprises américaines. Ce qui se transpose, c'est le mécanisme de l'obligation, pas les pourcentages.

2. Comment s'appelle le mécanisme qui fait qu'une injonction à changer déclenche une défense de l'existant ?

Bonne réponse : d). La réactance décrit la résistance déclenchée par la perception d'une contrainte sur sa liberté de choix. Une formation imposée transmet trois messages : voici une compétence, votre pratique actuelle est jugée insuffisante, et vous n'avez pas eu votre mot à dire. Seul le premier était voulu.

3. Dans la même étude, quel est l'effet associé aux formations proposées sur la base du volontariat ?

Bonne réponse : b). C'est la moitié la moins citée du résultat. Celui qui s'inscrit de lui-même a déjà franchi l'étape la plus difficile : reconnaître qu'il a quelque chose à apprendre. Le rôle du dirigeant se déplace alors de « inscrire des gens » à « rendre l'écart visible ».

4. Vous voulez que vos commerciaux suivent mieux leurs affaires. Quelle option a le plus de chances de produire un effet durable ?

Bonne réponse : b). C'est le principe défendu par Iris Bohnet : on obtient plus sûrement un comportement en modifiant l'architecture de la décision qu'en cherchant à convaincre. Un rituel fixe ne demande l'adhésion de personne et produit son effet dès la première semaine.

5. Un prestataire vous propose une formation. Quelle réponse doit vous alerter ?

Bonne réponse : c). Une proposition sans verbe d'action ne vous engage à rien et ne se mesure pas. Les trois autres réponses décrivent un comportement observable ou un dispositif de suivi. Et méfiez-vous du taux de satisfaction en fin de session : il mesure l'animation, jamais le changement.
Tags : formationconduite du changementprocéduresmanagement
Damien Margarit

Formateur & consultant en stratégie commerciale, management et leadership. 15 ans en fonctions commerciales, 1 700+ personnes accompagnées. Direction Commerciale Externalisée pour TPE 150 K€–3 M€.

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